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TLP Mom - L'enfant de « la chaise »

                                                                                                                                                                                         22 octobre 2015

 

Quand je suis arrivée à Montréal en 2009, jamais je n’aurais cru me faire « shaker » ainsi avec en bout de ligne une petite boule d’amour qui me contemple avec ses grands yeux bleus depuis sa balançoire dans le salon.

Il y a un peu plus de deux ans maintenant j’ai rencontré celui qui deviendra son père et qui a bouleversé ma vie. Comme moi, il a deux bras, deux jambes, un nez et une bouche. Mais il a aussi un petit truc en plus : un fauteuil roulant. Un fauteuil qui nous a transportés une nuit où je me suis foulée la cheville, un fauteuil qui me blesse parfois quand je m’accroche sur une poignée, un fauteuil qui nous permet d’être intimes en dehors de la chambre à coucher, un fauteuil qui lui a permis de me rejoindre ce fameux soir où on est allés prendre notre première bière.

Ce fauteuil, des fois, prend toute la place et les gens ne voient que lui. D’ailleurs il arrive qu’il soit désigné comme « la chaise », comme si mon homme ne faisait qu’un avec son moyen de transport. Une sorte de fusion malvenue. Et comme son fauteuil, mon conjoint est vu comme une chose à qui on ne s’adresse pas, qui gêne parfois et qui ne peut évidemment pas être un amoureux, ou encore moins, un amant. Il a été « mon frère », « mon client », « mon bénéficiaire ». Évidemment c’est inconcevable pour certains qu’il puisse être mon âme sœur, celui qui me soutient jour après jour, avec qui je me dispute pour des broutilles, qui me donne du plaisir, qui me fait rire chaque jour. C’est impossible, c’est une chose. Tout semble plus compliqué: aller au resto, prendre les transports en commun, etc. Et pourtant… Et pourtant, maintenant, entre nous deux dans le lit, il y a un petit être qui a ses cheveux et ses oreilles, ma bouche et mon menton, qui tend les bras vers ce fauteuil qu’il appellera un jour « Papa ». Parce que lui, il ne sent que sa chaleur, n’entend que sa voix, ne ressent que son amour et ne voit que l’humain qui prendra soin de lui jusqu’à son dernier souffle.

 

Alors oui en 2009, je ne savais pas que je serais là où je suis aujourd’hui et que je rencontrerais l’homme qui a changé ma vision du monde, qui m’a donné le plus beau de tous les cadeaux. « Ma chaise » est plus humain que tous les hommes qui ont croisé ma route sentimentale et il est un père formidable.

 

 

Elina Timsit, mère du fils du directeur général et fondateur du Spasme, Patrick Desjardins

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